vendredi 26 juin 2015

Espèces d'ordures!

Ordures! Déchets humains! Rebuts de la société de consommation! Saloperies! Détritus...
"Moules à gauffres, bachibouzouks!"

–Naméo Papa Hérisson!!! Çavapatatête des fois? Qu'est-ce qu'il te prend d'un coup de balancer des insultes comme ça?

Non ami/e lecteur/trice, contrairement à ce que tu pourrais penser, je n'ai pas succombé à mon tour au syndrome Kevin de la Tourette dont les gnomes sont parfois atteints... Je ne suis pas non plus en train de t'insulter comme du poisson pourri, car si tu es en train de me lire, ça dénote déjà d'un bon goût certain et d'un sens de l'humour subtil et raffiné (poil aux pieds!). En fait, je reviens tout juste de vacances (oui, je sais, je les prend tôt, mais je m'en étais déjà expliqué ici) en Vendée, et je me contentais de te relater ce que j'ai eu l'occasion de rencontrer sur les plages.
Ah... je crois que j'aperçois du sable...

Car oui, les plages (vendéennes en l'occurrence, mais ça n'est sans doute guère mieux ailleurs, bien que je me sois laissé dire que les plages bretonnes sont plus propres...) sont de vrais dépotoirs. Canettes de bière, sacs plastiques (beaucoup), déchets plastiques divers et variés (du morceau de filet de pêche en nylon, aux bouteilles de soda, en passant par les morceaux de polystyrène et fragments de bouée canard), emballages de barres chocolatées, couple exhibitionniste en train de se turluter en public, piles usagées, et j'en passe et des meilleures. Bon, l'honnêteté m'oblige à dire que c'est plus propre en saison. Enfin, d'une certaine façon : bin oui, tourisme estival oblige, il y a plus de détritus, mais en revanche le ramassage par les services de voiries est plus rigoureux.
On vous aura prévenu : les couches de vos gnomes nous emmerderons pour 450 ans environ...

En tous cas, une ballade sur la plage au petit matin est le meilleur moyen de constater que les humains sont des porcs égoïstes l'humanité produit moult déchets, et qu'une partie non négligeable de ceux-ci se retrouvent dans la nature, et en particulier dans l'océan. Il paraitrait même qu'il existe maintenant des continents de plastique! En même temps, ça n'est guère étonnant, lorsqu'on voit la quantité de déchets que j'ai ramassé sur la plage de St Jean-de-Monts en seulement 10 minutes de ballade, sur une surface d'environ 200m sur 10m. Et encore, j'ai pas creusé.

Il faut croire que pour beaucoup de gens, se débarrasser de ses ordures dans une poubelle représente un jeu d'adresse visiblement trop compliqué. Ou alors qu'ils n'ont pas compris que la poubelle c'est le gros bidule rond ou carré qui contient un sac, et pas ce qu'il y a autour. Mais c'est vrai que c'est compliqué...
Ah bin oui, dis donc, c'est plus petit! Donc moins facile... pis des fois elle au moins à pfffou, 10 ou 20 mètres!
En même temps, ne nous voilons pas la face : tous les déchets qui jonchent la plage n'ont pas été laissé sur place. Certains sont amenés, peut être de fort loin, par les courant marins qui charrient les poubelles épaves du monde entier. Il y a une certaine poésie à se dire que le tampon hygiénique sur lequel tu viens de coller ton peton potelé sur une plage française a peut-être été jeté négligemment au Brésil ou en Chine (par où il n'est pas arrivé à pied...). Enfin poésie... c'est peut être un grand mot. Disons... ironie alors? Non plus? Bon, ok, OK : c'est juste de la connerie.
"Made in china?"
D'autant que les questions d'écologie, de sauvegarde de l'environnement, de gestion des déchets, on est quand même vaguement en plein dedans, et que, objectivement, ce genre de spectacle, ça débecte un peu tout le monde :
"Tiens!? Quel drôle de coquillag... ah bin non, c'est un plug anal. Au temps pour moi."

A l'évidence, tout cela devrait amener une sérieuse interrogation sur :
  • la réalité de la gestion des déchets (dans notre pays ou ailleurs)
  • les mesures pédagogiques pour sensibiliser la population à cette question.
Et de ce point de vue, force est de constater qu'il reste encore énormément de progrès à faire. Prenons la base : l'enlèvement des ordures ménagères et le tri sélectif. La loi de juillet 1992 a posé les bases : les collectivités locales sont obligées de pratiquer la valorisation des déchets, la réduction des tonnages et depuis 2002 d'abandonner la mise en décharge des déchets ménagers. Le tri sélectif est donc pratiqué désormais à peu près partout : soit par un enlèvement direct de poubelles triées individuellement, soit par le biais de cuves de tri collectives dont les emplacements sont saupoudrés dans les communes, soit par un tri à postériori (pratiquement jamais, car trop coûteux à mettre en place).

Techniquement, si les collectivités locales (communes ou communautés de communes hein... car c'est plus facile de faire des cochonneries gérer tout ça en groupe) sont donc soumises à l'obligation légale de pratiquer le triolisme sélectif, la loi ne leur impose pas de processus déterminé.Oui, parce qu'en France on aime les choses simples et pratiques : chacun se démerde comme il veut à la one again. Asterix spirit, village gaulois, toussa. C'est donc aux communes de choisir le mode d'action (individuel ou collectif) à sa sauce. Et en toute logique, c'est un grand festival de n'importe quoi de compétition, tant les personnes qui décident quoi faire n'y bitent rien la plupart du temps. A moins qu'elles ne soient simplement manipulées par les grands acteurs privés du secteur (comme par exemple Vérolia® ou Sistita®) dont la probité légendaire force le respect au moins autant que celle d'un Balkani, et qui héritent souvent de délégations de service public bien juteuses, merci au revoir madame. Le grand gagnant n'est donc généralement ni l'environnement, ni le budget communal, ni même le simple bon sens.
Les ordures ménagères, c'est un peu le mythe de Sisyphe actualisé.

Du coup, il est probable que ces dernières années vous ayez connu des changements d'organisation et/ou de tarif au niveau de l'enlèvement des ordures ménagères, simplement en raison de l'évolution de la loi. Dans ma cambrousse par exemple, tout ce bazar a été confié à un syndicat intercommunal, qui a tout changé en mettant en place des bacs de tri collectifs en lieu et place des cagettes individuelles utilisées jusque là. On va dire que c'était pour rationaliser les coûts... sauf qu'au final, ça nous revient plus cher à nous. Je suppose donc que le coût est bel et bien rationalisé, mais juste pas à notre échelon à nous. Dommage. Au final, a donc été mise en place une "Redevance incitative", sous forme d'un forfait incluant un certains nombre de levées (celles en plus étant facturées). Retenez bien le terme choisi, je vais y revenir.
Ni une pipe d'ailleurs.

En toute logique, le Syndicat Intercommunal a donc investi à fond un peu pour encourager un tri efficace et une réduction des déchets, en faisant de la pédagogie intensive avec les usagers par le biais... d'un vague courrier explicatif, sans doute rédigé initialement en Sanskrit, et traduit grâce à Gogole™ Translate. Non, mais je suis vache, y avait des dessins explicatifs. Enfin, un ou deux schémas réalisés sous Paint® quoi. Ok. Admettons, avec internet de nos jours, même si le débit moisi de notre commune indique que la ligne téléphonique utilisée a dû être posée pendant la guerre... enfin la guerre mondiale... enfin la première j'entends, il est facile de se renseigner sur les bonnes pratiques de tri et de réduction des déchets. Ce que nous fîmes avec motivation, maman Koala s'inscrivant depuis sur à peu près tout ce qu'internet doit compter de communautés écolo-bio-zéro déchet. Et le résultat ne se fit pas attendre : non seulement notre volume de poubelle a fondu, mais nous sommes même parvenus à être en dessous du nombre de levées du forfait. Tant mieux puisque la première année, le dispositif prévoyait un remboursement des levées non effectuées.

Deuxième année du dispositif : le Syndicat décide de diminuer le nombre de passages des éboueurs (le ramenant à un par quinzaine au lieu d'un par semaine), ainsi que le nombre de levées inclus dans le forfait (de 24 à 15, soit une dizaine de moins d'un coup). Mais sans diminuer le montant de la Redevance Incitative. Ok, why not, même si ça commence à faire un peu mal au rectum. La tête dans le guidon, nous réduisons encore notre production de déchets (autant le dire, on aimerait bien arriver à zéro, même si c'est quand même chaud patate) : compostage, sac réutilisable, achat en vrac. Bingo : nous sommes à nouveau sous le seuil minimum du forfait. Et là, Redevance Incitative oblige (tout le monde pige bien le terme incitatif? C'est bon? Je continue?) ils nous remboursent donc... zob.

–Zob?

Zob. Que dalle. Rien. Nada. Peau d'balle. Walou. Zéro remboursement. En cette deuxième année, si tu fais mieux que ce qu'on t'impose en terme de réduction, tu as droit à une image panini et une tape sur dos rien du tout. Oh mais voilà qui est super incitatif dites donc! Maman Koala, qui n'a pas sa plume dans sa poche, décide donc de s'en ouvrir au Syndicat en question, qui en substance, lui a répondu que oui,  mais non, c'est comme ça, et que si elle est pas contente c'est pareil, pis que de toutes façons c'est pas possib' que tu ne produises pas de déchets et picétou, et que rembourser les levées non effectuées ça risquerait d'encourager les dépôts sauvages et la fraude, et que du coup, c'est un peu louche qu'on ait si peu de levées et oh dites donc. Alors qu'à l'évidence, leur dispositif dans lequel les éboueurs ne passent plus qu'une semaine sur deux, pas du tout. Ok, les mecs, changez rien, on vous kiffe. Si, quand même, éventuellement, pour le prochain support pédagogique, je suggère l'envoi d'un film informatif sur cassette VHS. Suffit de recycler une vieille vidéo d'entreprise, ça devrait le faire. Ça envoie du rêve.
Message à caractère informatif.
Précision : la loi prévoit certes une TEOM (Taxe sur l'Enlèvement des Ordures Ménagères), exigible dès lors que vous vivez dans une commune, au même titre que la taxe foncière par exemple, que vous fassiez appel au service d'enlèvement des ordures, ou pas. En revanche, la redevance imputable à l'utilisation du service est bien distincte, et ne peut être exigée si l'usager ne fait pas appel au service d'enlèvement. Manifestement, chez nous, le Syndicat fait un peu l'amalgame entre les deux... Dommage car la réduction/valorisation des déchets est un bel objectif.

Vous pensez que cet exemple d'incompétence est rare? Détrompez-vous. En Suisse par exemple, un usager  très impliqué dans la réduction de ses déchets (recyclage, compost, etc), s'est vu menacé par sa commune car... il n'avait pas sorti une seule poubelle depuis le début de l'année. C'était donc forcément un fraudeur. Logique : quand t'es premier de la classe, t'es toujours suspect de tricherie. Pis d'façon, si tu produis pas de déchets c'est que tu consommes pas et que t'es un mauvais citoyen qui ne participe pas à l'économie.C'est quand même marrant cette tendance des autorités à voir les citoyens comme des ennemis et des présumés coupables de fraude, plutôt que comme des alliés objectifs à impliquer intelligemment lorsqu'il faut s'attaquer à ce genre d'enjeux...

Bon certes, il est sans doute illusoire de penser que tout le monde s'impliquerait à fond et qu'il n'y aurait aucune triche, mais j'ai la faiblesse de penser qu'il est plus efficace de responsabiliser les gens en les encourageant et en les impliquant, que de les infantiliser en les matraquant d'interdits, de taxes, et de procédures crétines administratives absconses. Un peu comme les gnomes en fait. M'enfin moi, je dis ça, je dis rien hein...

Tiens, au fait, figurez-vous que pendant mes vacances, je me suis rendu sur la grande plage de St Gilles Croix-de-Vie, et que là, accroché à une poubelle, se trouvait un grand seau en plastique équipé d'une sangle, vous proposant de mettre à profit une ballade sur la plage pour ramasser quelques détritus. Initiative privée d'un membre de la Surfrider Foundation, je le précise. Et bien j'ai eu du mal à remplir le seau : la plage était moins crade que celle de St Jean de Monts. Lien de cause à effet, je ne sais pas : ça reste une goutte d'eau propre dans un océan de déchets, mais bon, c'est un peu le principe du colibri de Pierre Rabhi, si chacun fait sa part, ça ne peut pas faire de tort. Et ça donne le bon exemple. Comme quoi...
#seauplagepropre
En plus c'est une idée applicable partout : forêt, mer, montagne... Tiens d'ailleurs : vous partez en vacances bientôt? Que diriez-vous d'acheter/récuperer un grand seau en plastique, de prendre votre plus beau feutre, d'y inscrire le petit texte qui va bien, et d'accrocher le seau près d'une poubelle publique, dans un endroit que vous aimeriez voir propre ? Ça pourrait être une idée sympa à populariser et pas trop coûteuse non?

6 commentaires:

  1. Comment je suis trop d'accord avec toi pour l'idée de la fin, que j'applique depuis toujours en ne partant presque jamais d'un endroit sans ramasser quelque chose que je n'y ai pas mis moi. Au Pays Basque, je vois souvent des gens le faire. L'idée du seau est chouette.

    Un des trucs qui me rendent dingue, c'est quand quelqu'un jette des déchets genre épluchures dans la poubelle jaune dans laquelle tous les autres s'emmerdent à mettre cartons et plastiques. Je me demande à chaque fois s'ils sont juste trop cons, ou analphabètes, ou qu'ils n'en ont rien à branler de l’effort commun ou les trois, mais ça me démonte, si je vois quelqu'un le faire un jour, il paiera pour tous les autres, je le balancerai dans le bac vert pour qu'il ne soit surtout pas recyclé.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Chouette! Toi aussi tu es un petit "colibri" alors... :)

      Pour les incultes du tri, faut reconnaître que les consignes ne sont pas harmonisées d'une région (voir d'un département ou même d'une communauté de communes) à l'autre. Du coup, ça ne simplifie pas les choses pour s'y retrouver. Maintenant, il est vrai aussi qu'il suffit de savoir ouvrir ses yeux... -_-'

      Supprimer
  2. Ca fait longtemps que je ne suis pas passée par ici :-)
    Et en lisant ton article, ça m'a fait penser à une vidéo que j'ai vue y a pas longtemps
    http://www.midwayfilm.com/
    Ca fait peur !!!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, je l'avais vu il y a un certain temps :(

      Supprimer
  3. Hello ! merci pour la photo du seau à la fin de ce bel article ! L'esprit du colibri c'est tout à fait ce qui m'anime et c'est dans cet esprit que j'ai installé ce seau qui lui même a été récupéré sur la plage de St Gilles ! J'en ai installé pas mal d'autres depuis et ils servent !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Effectivement, ils servent! Je peux en témoigner :)
      Excellente initiative en tout cas!

      Supprimer