mercredi 4 mai 2016

Que la Force de l'ordre soit avec vous!

Il ne vous aura pas échappé que nous sommes le 4 mai (May the 4th), journée mondiale du geek de Starwars en raison du jeu de mot pourri en anglais :
"May the Force be with you!" (Que la Force soit avec vous!)
"May the 4th" (prononcez 'maizefourse', soit le 4 mai)

♪I've got the powa!♫

Mais en fait, ça n'est pas trop de cela que je voulais parler, mais plutôt de ces vidéos qui font polémique depuis plusieurs jours...
Je sais, c'est horrible.

... je veux bien évidemment parler des ces vidéos tournées avec un portable et qui montrent des "violences policières" durant les manifestations de ces derniers jours.
–Il a glissé chef...


Oui, polémique car on voit s'opposer deux trois camps :
-ceux qui soutiennent les policiers, avec l'argument péremptoire que quand même merde, #onestcharlie et qu'on étaient bien content de les avoir lors des attentats
-ceux qui dénoncent l'Etat Policier-CRS-SS-impunité-dictature-patin-couffin
-ceux qui s'en tamponnent et/ou n'étaient pas au courant

Alors juste pour apporter mon modeste gravillon à l'édifice instable de ceux qui donnent leur avis sans vraiment savoir de quoi il retourne, je pense qu'il convient de préciser que :
  1. Les flics de choc qui sont intervenus pendant les attentats et qu'on a encensé dans la presse et l'opinion publique n'appartiennent pas tout à fait au même corps d'intervention que les unités de contrôle des foules qui interviennent lors des manifs qui dégénèrent. Libre à vous de faire un amalgame corporatiste bien commode (ou simpliste, ça dépend des points de vue), mais ça revient à considérer de façon identique l'assistante de votre dentiste au physique de pinup qui vient de vous faire passer votre radio dentaire en douceur et le proctologue quinquagénaire au physique de camionneur qui s'approche de vous équipé de son gant en latex... Ou même à considérer que TOUTES les assistantes de dentistes sont des pinup, alors que certaines s'appellent Robert et ont la morphologie d'un Hell's Angel moyen. Il y a différents corps de métiers chez les policiers...
  2. On est pas dans la "Guerre des Clones". Chaque flic est un individu propre (ou moins propre, c'est selon), avec sa propre façon de penser et sa propre façon d'agir et sa propre façon de passer des manifestants à tabac. D'ailleurs, il parait même que certains CRS copinent avec les manifestants par moment...
    J'ai dit "clones", pas "clowns"...
  3. On peut penser ce qu'on veut de ceux qui manifestent contre la loi travail, ou de la #nuitdebout : il est probable que les "casseurs" n'aient pas grand chose à voir avec les vrais manifestants : ils viennent pour en découdre. C'est traditionnel. Or, qui sème le vent... Il est surtout regrettable que les organisateurs des manifs ne sachent pas gérer un service d'ordre un tant soit peu efficace. 
  4. Oui, les violences policières existent : il n'est sans doute pas mauvais qu'elles soient filmées... mais gardez à l'esprit qu'un film, surtout court, ne montre qu'un aspect fragmentaire de la vérité. Il est bon de savoir garder une certaine distance vis à vis de la propagande, de quelque côté qu'elle puisse provenir. 
Gardez votre cerveau allumé, et évitez d'avoir un avis trop tranché : la vérité est rarement toute lumineuse ou complètement du côté obscur...
50 nuances de Dark

Et que les Forces de L'Ordre soient avec vous!

A bon entendeur...


mardi 19 avril 2016

Jouer n'est pas souffler...

Ça n'est pas un jeu. C'est la guerre. La guerre psychologique. Tout est dans le regard, dans l'attitude. Il faut ne rien laisser paraître, même les plus subtils indices, car vos adversaires savent décrypter le langage corporel à un niveau que vous n'imaginez même pas. Vous devez rester calme, neutre, indéchiffrable...
Poker faces
Défaite ou victoire finalement, peu importe. Ce qui compte vraiment, c'est que pendant ce temps là, ils ne sont pas en train de vous tanner pour : 
  • regarder une télé
  • aller au parc alors qu'il fait moins quinze, qu'il pleut, qu'il vente et que des meutes de loup se déchirent les cadavres des pauvres fous qui ont eu l’inconscience de mettre un pied dehors 
  • avoir le 15 millième coloriage et la peau de la troisième cartouche d'encre de ton imprimante de la journée
  • courir en hurlant dans toute la maison
  • etc
Oui, décidément, les jeux de société sont un bon moyen d'occuper sainement les gnomes pendant quelques secondes/minutes/dizaines de minutes/heures (rayer les mentions inutiles). Par contre, n'espérez pas souffler, c'est illusoire : jouer avec vos gnomes n'est pas reposant. Et encore faut-il trouver des jeux qui leur plaisent, et les laisser gagner autant que possible. Heureusement, n'écoutant que mon courage, j'ai testé pour vous moult jeux de sociétés adaptés à des gnomes de 4 à 6-7 ans, et fait une petite sélection qui devrait vous permettre de trouver votre bonheur.


Defis Nature des petits

A tout seigneur tout honneur, je commencerai donc avec le Defis Nature des petits, de chez Bioviva. Bon, il faut vous dire que suite à mon dernier article sur les jeux, Bioviva m'a proposé de m'envoyer des jeux à tester, ce qui fut donc fait avec ce Defis Nature des petits - animaux de la jungle.
Non, ça n'est pas un lolcat.
Je vous rappelle le concept chez Bioviva : des jeux conçus et fabriqués en France, sur des thèmes écologiques, et de façon écologique (pas de plastique, des matières recyclables voire recyclées, pas d'emballages inutiles). Déjà de base, leur credo me plaît bien à moi. Ils proposent différents jeux, pour adultes comme pour enfants, y compris pour les tous petits. Le Défis Nature se décline en deux versions : la version petits (à partir de 4 ans) et la version normale à partir de 7 ans. La version "petits" existe en trois modèles : Jungle, Ferme, et Savane. J'avoue avoir pas mal hésité à prendre le Défis Nature des animaux de la ferme, à cause de cette carte :
♥ ♥ Awwwwww!!! ♥ ♥

Mais mon côté grand fauve sauvage... pourquoi maman Koala est-elle en train de se marrer? Bref, j'ai choisi la jungle parce que. Épicétou. Voilà quoi.

La boite contient un deck de cartes (cf exemple ci-dessus) avec des photos trop choupi-kawaï de 'tites nanimaux trop kikinous accompagnées chacune de deux scores étoilés : le poids à la naissance et le nombre de bébé par portée. Plus il y a d'étoiles, plus ces scores sont élevés. Oui, on compte en nombre d'étoiles car c'est la version "petits" et on reste donc basique.

Bon, venons-en au principe du jeu lui-même. C'est assez basique : on distribue les cartes faces cachées en répartissant entre les joueurs. Et après, c'est un peu comme la Bataille : chaque joueur retourne une carte. Le plus jeune commence (et après c'est le dernier vainqueur qui prend la main) et choisi de parier sur un des scores (poids à la naissance ou nombre de bébés). Le joueur dont la carte à le score correspondant le plus élevé remporte les cartes en jeu. En cas d'égalité entre les plus élevés, ces derniers retournent la carte suivante de leur deck et comparent le même score. Le gagnant est celui qui chope toutes les cartes (ou alors on fixe une limite de temps).

►Écétibien?

Clairement les cartes sont super mignonnes, et le jeu très simple à appréhender pour les petits. C'est donc un bon jeu pour les gnomes qui débutent les jeux de société. Le décompte des étoiles est plutôt éducatif pour l'apprentissage du dénombrement. Xéna, ma princesse-guerrière (qui a l'esprit de compétition et adore les 'tites nanimaux) a vraiment kiffé le jeu. Mon P'tit Prince, un peu plus âgé, a moins accroché... mais de façon générale il est mauvais perdant préfère les jeux coopératifs alors bon...

Les plus
  • Le jeu est écolo
  • Les photos sont jolies et mignonnes
  • C'est simple
  • Ça ne prend pas de place (facile à emmener où vous voulez)
  • Ça familiarise avec des animaux pas toujours super connus
►Les moins
  • Ça reste un jeu assez basique (mais bon, il est adapté aux petits hein...)
  • Je suis comme mon fils : je préfère les jeux coopératifs aux jeux compétitifs
Bilan
Un bon jeu que je recommande pour les petits qui débutent dans le monde merveilleux des jeux de société, jusqu'à 5-6 ans environ. Au delà, privilégier la version au dessus dans leur gamme. Je regrette cependant un peu le côté trop simpliste du jeu : les photos sont superbes, mais je trouve que ça manque un peu de fond, de didactique, d'éducatif!

Eh Bioviva, quitte à faire dans le jeu écolo pour les tous petits, lâchez-vous! Créez du jeu qui envoie du pâté avec du gros fun qui tâche dedans! Du jeu qui suscite des vocations d'écolo en herbe! Du jeu qui marque les esprits-pâte à modeler de nos chères têtes blondes! C'est à cet âge que tout se joue! La "Bataille" avec des bébés zanimaux c'est sympa, mais je suis sûr que vous pouvez faire mieux (oui, même pour les tous petits). Je dis ça au hasard hein, mais... pourquoi pas un jeu coopératif avec des hérissons qui devraient échapper à différentes menaces (roues de voitures, tondeuses à gazon, pollution, pesticides, etc...) pour rejoindre le nid familial en collectant de délicieuses limaces par exemple? Ou même, pas que des hérissons, histoire de montrer la notion de niches écologiques... Avec un plateau de jeu style "jeu de l'oie" et un dé avec des faces de couleurs (ou de formes)? Enfin bon, je dis ça... c'est un exemple. J'ai plein d'idées si vous voulez!


Time's up kids

Tout le monde connaît "Time's up" (et certains détestent, mais bon, ça reste un incontournable). Je vous rappelle le principe : on joue en équipe avec des cartes comportant des mots/expressions/noms/titres/etc à faire deviner à son coéquipier. En trois manches (voire 4 pour les plus accros) avec les mêmes cartes : 
  1. on peut faire deviner en parlant/chantant/mimant/etc à volonté (sauf ce qui est écrit sur la carte évidemment)
  2. un seul mot autorisé (+mimer, fredonner, etc)
  3. seul le mime est autorisé (et fredonner éventuellement)
    Le mime, ce grand moment de solitude au Time's Up...
  4. mime statique : on prend une pose, et on ne bouge plus
    Bon ça suffit avec le mime maintenant!
  5. uniquement par télépathie
Et bien sachez qu'il existe une version "Kids" pour les gnomes qui ne savent pas lire et ignorent qui est Arthur Schopenhauer.
Le symbole du mal selon certains.
L'idée est simple : le texte des cartes est remplacé par un dessin explicite de ce qu'il faut faire deviner (exemples : un avion, une vache, un spectromètre de masse...).
–Mouaih... pas super bien dessiné ce spectromètre de masse, on dirait un cyclotron...

Le jeu se joue en coopératif et non par équipe : le but est de deviner le maximum de cartes dans le temps imparti (en l'occurrence un sablier de 10 minutes).

►Éçaenvoidurêve?

Franchement, les gnomes ont kiffé leur race. Bon il faut dire que :
  1. monopoliser la parole et avoir toute notre attention pendant 10 minutes : ils adorent
  2. faire les singes (en mime) en rigolant comme des baleines : ils adorent aussi
Et en même temps, contrairement à certains jeux destinés aux petits, les parents prennent plaisir à jouer aussi. Du coup, ce jeu que nous avions emprunté à la ludothèque a eu son petit succès, au point que nous envisageons d'investir.

►Les plus
  • Excellent pour développer le vocabulaire et l'expression corporelle des gnomes
  • Peu de matériel (facile à transporter)
  • La durée est encadrée
  • C'est du time's up quoi!
►Les moins
  • Le sablier spécial 10 minutes a tendance à déconner et à s'arrêter. Je recommande de jouer sans, ou de le remplacer par votre timer de cuisine
  • Vous risquez d'en bouffer si vos gnomes accrochent
  • C'est du time's up quoi...
Bilan
Bin, c'est du Time's Up quoi...

Le Lynx
Je sais, leur mascotte n'a pas l'air bien réveillée, ça promet...

Le Lynx, c'est un jeu d'observation et de rapidité, abordable dès 4 ans je dirais. Il se compose d'un grand plateau de jeu circulaire (en plusieurs parties qui se clipsent) couvert de photos d'objets divers, et d'un seau en carton et plastique contenant des  "dalles" de cartons comportant chacun une image. Vous l'aurez compris, chaque dalle comporte une image se trouvant sur le plateau.
Comme on le voit, il faut un minimum d'espace pour jouer.

Chaque joueur dispose de trois jetons en plastique de couleur. A chaque tour, les joueurs reçoivent trois dalles face cachées. Au top, tout le monde retourne ses dalles et doit retrouver les images correspondantes sur le plateau afin d'y placer ses jetons. Le plus rapide l'emporte. C'est une sorte de "Où est Charlie?" mais sans Charlie.
Fallait pas chercher Charlie.
Evidemment, avec plus de 300 images, c'est loin d'être évident.

►Évoutrouvéçadrôle?

Le jeu est plutôt plaisant et prenant, même pour les adultes. Mais bon objectivement, à part si vous avez du caca dans les yeux, vous avez des chances de mettre vos gnomes minables et de susciter leur vindicte. Il vous faudra probablement vous faire violence et les laisser gagner.
–Alors voyons, le plug anal... il est...
–C'est un sapin!
–Ça ne saute pas aux yeux...

►Les plus
  • Un jeu qui stimule l'observation et les réflexes
  • Abordable par des gnomes à partir de 4 ans environ
  • les tuiles en carton sont costaudes
  • le plateau peut être "mélangé" pour contrer les p'tits malins qui ont une bonne mémoire et qui voudrait se la jouer mentaliste, n'est-ce pas M. Jane...
    –Mais... comment avez-vous deviné que c'était moi?
    –Le coup des lunettes pour se déguiser, c'est moisi : même Loïs Lane ne se fait plus avoir...
►Les moins
  • La boite est un peu encombrante (ch... pénible à emmener en vacances)
  • Le jeu peut être légèrement frustrant pour les adultes (ou pour les enfants si vous n'êtes pas du genre à les laisser gagner)
  • Je n'ai toujours pas trouvé où était Charlie sur le plateau de jeu...
    Comment ça il n'y est pas?
Bilan
A réserver aux amateurs d'aiguille dans des bottes de paille.

mardi 5 avril 2016

Les Gognoles de l'info

Aujourd'hui, nous allons aborder la délicate question des Gognoles de l'info. Vous allez me dire : "Gognoles? Tu veux dire Guignols non?"
Et bien non, je veux bien dire Gognols, comme dans ce vieux sketch de Pierre Palmade... rapport au vomi de gognole.

Car à chaque fait divers, comme par exemple, au hasard, un attentat, le déroulement des événements suit invariablement le même scénario durant lequel les médias ne peuvent s'empêcher de dégueuler littéralement de l'info. Enfin de l'info... un truc prédigéré quoi.
Sur France 3, c'est "Plus belle la vie", sur BFM, c'est "Poubelle l'info".

Prenons un exemple imaginaire : des intégristes fanatiques pastafariens radicalisés décident de commettre un attentat en faisant exploser une boite de conserve sauce bolognaise king size familiale de 10L en plein milieu d'une manif contre le mariage pour tous.
Le Monstre en Spaghettis Volant (dieu des pastafariens) remet au capitaine Moÿse les tables des « trucs que j'aimerais autant que vous fassiez pas ».
  1. La police débarque à peine pour arrêter/neutraliser les méchants ou compter les boulettes de viande sur Christine Boutin, que déjà, les journalistes arrivent par cars entiers et courent dans tous les sens en faisant du rien, un peu comme des volailles.
  2. Les envoyés spéciaux présents commencent à interroger les témoins qui n'ont rien vu, et racontent du n'importe quoi que les réseaux sociaux propagent et déforment instantanément.
  3. Les politiciens contactés par la rédactions font des déclarations tonitruantes et péremptoires sur ces radicaux qui préfèrent les spaghettis à la bonne vieille choucroute garnie , et évoquent déjà une loi contre le port du chapeau de pirate.
  4. Les gens se réunissent dans différents endroits pour rendre hommage aux victimes à base de pancartes "Je suis homophobe réac'"
    "Un papa, une maman, un curé, c'est mieux pour les enfants!"
  5. On pond une nouvelle loi sécuritaire encore plus meilleure que la précédente et qui va faire que la prochaine fois, les terroristes seront bien feintés, comme les allemands avec la ligne Maginot en 39 et... euh...
  6. On attend l'attentat suivant

Mais revenons sur la la phase 1 voulez-vous? Donc, à peine le drame joué, les médias sont pris d'une sorte de frénésie incontrôlable. Les rédac' chefs ouvrent les portes des caves où leurs envoyés spéciaux sont habituellement enfermés (s'ils manquent de sang, ils peuvent devenir dangereux : se mettre à enquêter sérieusement sur les malversations des politiques, voire développer un esprit critique, des fois, en cas de sevrage trop long, il leur arrive même de lever un vrai scandale...).

A peine libérés, délivrés ♫♪ ces derniers flairent l'odeur du sang (ou de la bolognaise, ça ressemble) et tels des charognards s'approchent alors du lieu du drame autant que possible. Les rédactions des journaux lancent alors les directs, et se mettent à tourner en boucle sur les mêmes rumeurs infos et images montrant du rien.
Jawad, le logeur des terroristes pastafariens.

C'est inévitable. Et ça marche : les gens regardent, comme hypnotisés. Vous-même, vous avez d'ailleurs sûrement déjà cédé à la pulsion de zapper sur une chaîne d'info continue ou une radio d'information pour en savoir plus. Et du coup, vous avez probablement remarqué que ça suit toujours le même déroulement.


1. Je ne sais rien, mais je dirais tout
On a beau se méfier...
Le drame vient de se produire : à ce stade on ne sait rien, mais on vous dira tout, de préférence en duplex avec l'envoyé spécial sur les lieux. Enfin, sur les lieux, façon de parler puisque la zone est forcément verrouillée par les forces de l'ordre et les secours, donc en fait, l'envoyé spécial est juste dans le  quartier, voire même juste dans la ville, ou carrément juste le pays si c'est à l'autre bout du monde. Cet envoyé spécial n'ayant pas plus d'info, il se contentera d'interviewer des passants qui n'en savent pas plus mais trouvent que c'est horrible. A défaut, il peut aussi répéter le communiqué officiel déjà décortiqué par les journalistes qui sont en studio, histoire de justifier son salaire.

2. Il est temps de faire appel aux zexperts
"–Bon sang... un attentat bolognaise... j'ai l'impression d'assister au dernier repas de mes enfants!"
Quelques heures se sont déjà écoulées : on a un premier bilan et un communiqué officiel plus étoffé, les infos se sont précisées et ont déjà été répétées partout. En boucle. Mais comme on est encore en édition spéciale, info continue, il faut bien meubler : c'est là qu'interviennent les zexperts. Invités sur le plateau, ils sont là pour répondre aux questions qui nous taraudent (je vais y revenir à ces fameuses questions...). Bon, soyons honnête, le zexpert, c'est souvent un mec qui a seulement pondu un vague bouquin sur la question ("La sauce bolognaise, ma recette familiale"), ou le pote journaliste du bureau d'à côté dont le beau-frère est flic à Villetaneuse et qu'on a donc bombardé responsable du service police-justice à la rédac' parce qu'il fallait bien que quelqu'un s'y colle. Et là, forcément, le journaliste va balancer toutes les questions qui lui viennent. Surtout Même les plus connes. Du coup, le zexpert en question va pouvoir se lâcher copieusement en balançant tout ce qui lui passe par la tête et qui lui semble pas trop con à dire (on notera cependant que d'un individu à l'autre, cette notion peut prendre un sens très différent).

Quelques exemples (authentiques) de questions que les journalistes ont posé aux zexperts après les attentats de Paris et Bruxelles (comme je ne me souviens plus des réponses, je me suis improvisé zexpert pour répondre) :

►Question Du Journaliste : Cet attentat était-il prévisible?
◄Réponse Du Zexpert : Oui, il était sur le programme de la tournée "Âge bête et tête de con"... mais bon, des fois il y a des dates annulées ou reportées. A ton avis ducon? Tu crois que les flics auraient laissé faire s'ils avaient reçu une invit'?

QDJ : A ce stade, sait-on quel est le profil des terroristes?
RDZ : Rhaaa, c'est pas facile comme question... j'hésite entre "riche retraité désœuvré" et "p'tit con radicalisé en mal de reconnaissance"...

QDJ : On parle parfois d' "entreprise terroriste"... DAESH le pastafarisme fonctionne vraiment comme une entreprise?
RDZ : Bien sur. Leur modèle, c'est la COGEP à Charleville Mézière. Surtout depuis que Jacqueline, aux expéditions, s'est tapé Jean-Claude de la compta à la soirée Cohésion d'équipe organisée par le nouveau manager Philippe, et que du coup, son mari, Vincent du Marketing l'a lapidée à coups de figue molle.
DAESH, COGEP, même combat.
QDJ : A votre avis, il faut s'attendre à de nouveaux attentats dans un avenir proche?
RDZ : Attendez, j'interroge ma boule de cristal... ah merde, erreur 404. Vous auriez du marc de café?

QDJ : Quelles mesures faudrait-il prendre pour empêcher ces terroristes d'agir?
RDZ : Ah ça, c'est fastoche, il suffirait d'une mesure très simple. Primo : obliger les gens à se ballader à poil, ou à la rigueur avec des vêtements totalement transparents. Du coup, impossible de planquer une arme ou une ceinture d'explosif. Et si on double cette mesure simple d'une autre mesure simple, on peut même faire un triplé gagnant en relançant l'économie et en réduisant notre bilan carbone en même temps. Pour cela, il suffit de faire passer une loi qui oblige les FAI à corriger automatiquement certains mots vulgaires et explicites directement dans les pages lues et les mails reçus. Ainsi, suite à la loi "Tous à poil pour votre sécurité" on peut s'attendre à une vague de mails concernant l'élargissement des **péniches**, ce qui relancera le commerce de la péniche, le développement et l'entretien des voies navigables (création d'emploi dans ce secteur) et encouragera le trafic fluvial, plus écologique. Tout bénéf' !

On le voit, il y a du niveau.


3. On fait appel aux champions
Des champions je vous dis...
On en est déjà à plus de 24h : on commence à avoir un peu de recul, et on a déjà entendu tous les zexperts. Plusieurs fois. Du coup pour varier on commence à inviter les politiciens de tout bord pour qu'ils puissent générer du contenu, du buzz comme on dit. Ça c'est plutôt facile, vu qu'ils partent vite en roue libre. On privilégie certains champions, dont on est à peu près sûr qu'ils sortiront la p'tite phrase qui cassera internet, comme par exemple la poissonnière de Rungis Nadine Morano, Chris de Nice Christian Estrosi ou maître Connard Collard.


4. Dans le doute, invite un people
Ça peut même faire doublon avec zexpert en obus...
Plusieurs jours ont passé : on a fait le tour de tous les politiciens disponibles, même Arlette Laguiller (qui a été invoquée brièvement grâce à un rituel indicible et non euclidien impliquant le sacrifice de 5 membres du MEDEF). En plus ça commence à se voir qu'on raconte n'importe quoi : les gens commencent à zapper. Il est temps d'inviter des peoples sur le plateau (venus faire leur promo habituelle), on en profite pour les questionner sur le drame, des fois qu'il en sorte un trait de génie ou une bonne grosse connerie qui fasse le zapping. Autre intérêt : si le drame s'est produit à l'étranger on va pouvoir inviter un people de la nationalité concernée. Par exemple, après les attentats de Bruxelles, on a vu en boucle Philippe Geluck, François Damiens, Axelle Red et quelques autres. Je pense qu'ils étaient à deux doigts de sortir Plastic Bertrand de la naphtaline... voire Brel du cercueil.


5. La fête se termine, tout le monde est fin cuit, c'est l'heure de la partouze du medley
C'est marrant, je pourrais prononcer cette phrase plusieurs fois par jour...

Plus personne ne s'intéresse à ce fait divers, le suivant prend déjà la place. Il est temps de faire un bilan en confrontant les points de vue : on va donc finalement réunir sur un même plateau télé des zexperts en expertise sur la question, des politiciens en roue libre et des peoples en promo histoire d'en finir dans un joyeux bordel qui fera une bonne audience. En pratique on vient d'atteindre le degré zéro du journalisme et de l'information tant tout ce petit monde va s'escrimer à raconter du n'importe quoi de compétition, et s'improviser porte-parole des victimes. Les victimes mortes j'entends, pas celles qui peuvent contester.

Bin moi je sais pas trop pour vous, mais perso je trouve que journaliste, ça m'envoyait plus du rêve quand j'étais gnome...